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La France des cinq quarts

Avant que le second tour, en raison du « front républicain », ne donne en principe au vainqueur un score très confortable, arrêtons-nous sur ceux du premier tour. En réalité, ce sont cinq quarts qui dominent : ceux qui se sont abstenus ou ont voté blanc forment un groupe quasi-égal aux groupes respectifs des électeurs d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon.

Il faudra se souvenir que le probable futur Président n’a même pas obtenu 25% des suffrages exprimés au premier tour. Son socle premier est donc étroit et fragile, construit on peut le redouter sur une utopie intellectuelle. C’est une donnée majeure qui exprime une formidable fragmentation de l’opinion et qui doit inquiéter pour l’avenir de notre pays, de ses habitants et de ses territoires.

Non à la dictature médiatique de la transparence

Interrogé par la rédaction d’un journal local sur mes indemnités d’élu et le jugement que je porte sur leur montant, j’ai choisi de ne pas répondre à l’enquête réalisée et d’expliciter ici les raisons de mon refus.

Le sujet et son moment ne sont évidemment pas sans lien avec les échéances électorales imminentes et le contexte particulier de la campagne. Que cherche-t-on vraiment ? On prétexte de la transparence. Mais les informations demandées sont publiques et figurent sur le site internet du Sénat avec les précisions de leur cadre juridique[1]. Les indemnités perçues au titre des fonctions exécutives locales sont encadrées et leur montant précis voté par l’assemblée départementale au début du mandat. La légalité de la délibération, publiée, est contrôlée par l’Etat. Je précise aussi que si les indemnités locales s’ajoutent à l’indemnité parlementaire, elles sont plafonnées à une fois et demie le montant brut de l’indemnité parlementaire de base.

Quant à savoir si j’estime « le niveau de ces indemnités justifié et suffisant ou non au regard du temps que j’y consacre » , cela appelle une double remarque. En interrogeant sur un montant « justifié » on semblerait sous-entendre que ce montant globalement connu serait trop élevé. Et en faisant référence au temps que je consacre à ces mandats, on semblerait là aussi sous-entendre qu’il ne serait pas suffisant. Par le choix des mots, les medias (en général) paraissent bien alors se poser en juge et instruire à charge. Au demeurant la question est inadéquate car le temps ne saurait être l’aune unique de mesure : la responsabilité y compris pénale qui s’attache 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 aux fonctions exercées est réelle et ne doit pas être occultée. Elle a aussi un prix. Rappelons enfin que l’élu est aussi naturellement un contribuable et  reverse ainsi à l’Etat une part de l’argent public qu’il a reçu.

Plus généralement et cela renforce mon refus de répondre, nous sommes visiblement entrés dans une dictature de la transparence et ce moment m’inquiète. Parce qu’il est élu, l’homme (ou la femme) politique doit être mis à nu. Son patrimoine est contrôlé au début et à la fin du mandat pour veiller à tout risque d’enrichissement personnel : ces vérifications existaient bien avant l’actuelle Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) et cela est normal. Mais au-delà, faut-il en plus enquêter sur ses activités personnelles, son mode de vie, sa capacité à épargner et livrer ces informations en pâture, avec un « appel » à la une du journal pour doper les ventes… ? Ses employés demandent-ils à leur patron ce qu’il fait personnellement de son argent ? Que veulent les medias ? Parce qu’il est élu, un individu serait suspect voire coupable. Forcément coupable pour ne pas dire forcément corrompu, pour ne pas dire forcément « pourri ». Si la justice s’intéresse à lui, la présomption d’innocence lui est interdite et le secret de l’instruction violé à une vitesse proprement hallucinante. Violation dont peu s’émeuvent et sur laquelle personne n’enquête alors qu’elle est la preuve d’une faute déontologique commise par des agents publics et constitue une infraction pénale.

Tout cela devient juste insupportable et interroge sur l’avenir même de la démocratie représentative et de la démocratie tout court. Indépendamment du travail de la justice en cas de besoin, si le citoyen, électeur et contribuable, n’est pas satisfait de ses élus, il peut lors du scrutin suivant, en choisir d’autres. A condition dans le climat ainsi créé, qu’il y ait encore des candidats.

[1] http://www.senat.fr/role/senateurs_info/statut.html

Les départements demain : mes convictions

Alors que nous aurons à désigner dans quelques mois le prochain Président de la République, il m’a semblé opportun de m’adresser aux candidats pour leur faire part de mes convictions  sur l’avenir de nos collectivités départementales, dans un paysage que la réforme territoriale conduite depuis cinq ans a profondément bouleversé.

Lire ici ce courrier.

Nota : la rencontre programmée par l’Association des Départements de France à laquelle je fais référence a été reportée au 8 mars prochain.

Chômage : le trompe-l’œil ou les vases communicants

Le Gouvernement se réjouit bruyamment de la baisse du nombre des demandeurs d’emploi pour le troisième mois consécutif. On aimerait partager sa joie.

Pourtant faut-il à nouveau dire que les demandeurs d’emploi sont classés par catégorie identifiés par une lettre et que la baisse de la catégorie A ne fait pas à elle seule la météo de l’emploi ?

Sans détailler trop, notons que la catégorie D, à laquelle se rattachent les demandeurs d’emploi en formation notamment, augmente très sensiblement.

Un demandeur d’emploi en formation trouvera-t-il un emploi au terme de sa formation ? Rien n’est moins sûr.

En cette veille d’élections présidentielle puis législative, la statistique du chômage ne doit pas être un objet de manipulation. C’est une question de principe et d’honnêteté intellectuelle.

Réforme territoriale : le dépôt du bilan

Jeudi, avant d’annoncer son renoncement à une nouvelle candidature en 2017, le Président de la République a dressé le bilan de son action. Il s’est notamment vanté de sa réforme territoriale, arguant de l’avoir menée à bien à la différence des majorités précédentes.

Je n’ai pas loin s’en faut la même lecture. Je pense ne pas être le seul.

Tentons de synthétiser. Le quinquennat fut un gigantesque atelier découpage : tous les cantons, puis quelques régions, enfin la plupart des intercommunalités. Effet d’affichage garanti mais l’efficacité, reste à démontrer. Il y eut aussi une tentative d’effacement des départements, vite abandonnée car le Gouvernement s’avisa soudain qu’il fallait une révision constitutionnelle bien périlleuse. Il y eut enfin quelques déménagements de compétences, loi NOTRe oblige. Ils ne sont pas achevés puisque des ajustements législatifs s’imposent pour en rendre certains possibles.

Quant aux moyens financiers alloués par l’Etat à nos collectivités, ce fut le quinquennat de la disette. Et pour les départements en charge de la solidarité et de ce fait particulièrement sollicités en raison du taux de chômage, ce sont des années de tension financière. Le Gouvernement se défausse sur nous des charges que son échec économique rend plus lourdes et ne compensant pas, au mépris de ses obligations légales, les charges nouvelles qu’il nous impose.

On pourrait développer à l’envi chacun de ses sujets, en trouver d’autres aussi qui montrent qu’on est souvent loin de la décentralisation. Mais cette rapide énonciation suffit à témoigner que ce quinquennat porte aussi pour nos territoires et nos collectivités la marque de l’échec.