Réussir la Normandie ?

« Pour réussir la Normandie, il faut la partager. » C’est le nouveau credo des deux présidents-candidats ou candidats-présidents des actuelles régions normandes.

Je suis d’accord avec eux. Mais à condition que l’on s’entende sur les modalités dudit partage. Un partage, selon le Larousse, c’est l’action de diviser une chose en portions ou en parties, de partager quelque chose avec quelqu’un. Reste à savoir comment.

Aujourd’hui, il s’agit d’exprimer des intentions quant au partage des fonctions de gouvernance, du pouvoir de décision sur le territoire de la future Normandie et notamment (mais pas exclusivement) entre Caen et Rouen, qui les concentrent actuellement chacun pour ce qui concerne leur région.

La tâche est ardue et oblige à imaginer, dans un temps très court, un aménagement du territoire politique et administratif qui conditionnera très profondément le développement économique, social et culturel de la nouvelle région et nourrira ou pas le sentiment d’appartenance de tous à la Normandie. La tâche nécessite du courage car il ne s’agit pas de dire aux personnels, aux habitants, aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre : que rien ne changera dans la vie quotidienne, que les emplois resteront tous là où ils sont aujourd’hui. Qui d’ailleurs peut y croire vraiment ? Et quel intérêt aurait en termes de gestion et de finances un rapprochement de deux régions si une réorganisation administrative ne permettait pas, là de mutualiser les fonctions-supports, ici de diminuer les coûts de fonctionnement dont la masse salariale est une composante majeure ?

Parce que cette organisation sera au cœur du projet que chaque candidat présentera aux électeurs en décembre prochain, elle doit être exprimée aussi clairement que possible.

Cette semaine, pressées par le calendrier fixé par l’Etat sur le choix d’un chef-lieu provisoire, plusieurs instances se sont prononcées dans les deux régions. Ce n’est pas simple. Les avis des deux conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (CESER) sont aussi nets que divergents. Le CESER de Haute-Normandie vote pour un chef-lieu à Rouen et demande que le Conseil régional y soit aussi installé. Celui de Basse-Normandie propose un partage : à Rouen le chef-lieu et à Caen le Conseil régional. Les deux assemblées régionales sont moins précises. S’ils choisissent Rouen chef-lieu, le Conseil régional de Haute Normandie signale dans son avis que la « recherche d’un équilibre territorial dans la future organisation administrative normande constitue clairement le dénominateur commun des avis recueillis. » et le Conseil régional de Basse-Normandie ajoute dans le sien « que les collectivités concertées avaient mis en avant de façon significative la question du siège du conseil régional à Caen ». Deux nuances de flou.

Je ne vois rien dans les avis rendus par les deux conseils régionaux qui donne une quelconque assurance. A l’évidence le partage ce n’est pas maintenant.

Pour ma part, je pense que si Rouen est le chef-lieu (préfecture) de la future région, c’est à Caen que doit vivre le Conseil régional dans toutes ses composantes, son exécutif, son assemblée et ses services. Cet ancrage garantit qu’il n’y aura pas un jour de glissement subreptice pour regrouper à Rouen Etat et collectivité. Cela n’exclut nullement des « antennes » pour mailler le territoire comme cela se fait dans plusieurs régions de taille étendue.

Le Conseil départemental du Calvados avait inscrit ce sujet majeur à l’ordre du jour de sa session du 19 juin. Son avis n’est pas requis par l’Etat mais je souhaitais un débat puis une prise de position partagée et claire. Le débat a eu lieu mais nous ne sommes pas parvenus à un consensus. Nous y reviendrons. Il me semble essentiel que notre Assemblée, faisant fi de ses différentes sensibilités politiques, parvienne à se retrouver sur une question capitale pour l’avenir de nos territoires, de notre département et de ses habitants. En un mot, pour réussir le Calvados en Normandie car ce sera aussi réussir la Normandie !

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