Le printemps des régions ou l’équation compliquée de leur administration

Après l’élection, en décembre 2015, de leurs assemblées délibérantes, sept collectivités régionales nouvelles, issues de regroupements de régions existantes, sont nées le 1er janvier 2016. Le chantier qui les attendait est d’ampleur. Au-delà de la gestion du quotidien et de l’impulsion d’une politique régionale dans les domaines de compétences « historiques » et dans ceux que la loi NOTRe leur transfère immédiatement et leur transfèrera d’ici 2017, ces nouvelles collectivités doivent (à l’exception de la Normandie) se choisir un nom (ou du moins en proposer un à l’Etat qui décidera in fine de le valider ou non) et fusionner les administrations des anciennes régions (5 fusions de 2 collectivités et 2 fusions de 3 collectivités). Des administrations qui mettaient jusque là en œuvre sur leur territoire les mêmes compétences mais avec les différences ou les nuances que permet le principe constitutionnel de libre administration des collectivités et qu’il faut aujourd’hui unifier, harmoniser ou redéfinir.

Si la population est parfois sollicitée sur le nom par des mécanismes informels de consultation, la réforme de l’administration est plus confidentielle et ne se laisse voir, de loin en loin, qu’à travers les manifestations de mécontentement des organisations syndicales de personnels et les inquiétudes, parfois exprimées avec virulence, de certains élus, souvent ceux dont la ville a perdu la qualité de chef-lieu de région mais aussi ceux qui revendiquent une concentration métropolitaine des services de l’Etat en région et de ceux de la collectivité régionale.

Il est vrai que l’équation posée aux nouveaux conseillers régionaux est complexe : assurer la proximité de leur action et l’équilibre des territoires tout en construisant une administration efficiente, sans mobilité forcée des fonctionnaires territoriaux, en harmonisant progressivement (et par le haut) leurs régimes indemnitaires et en intégrant leurs attributions dans un organigramme fonctionnel lui aussi refondu pour tenir compte à la fois des regroupements de métiers et des situations géographiques éclatées. Une équation qui illustre bien l’impensé de la réforme régionale et qui au passage n’apportera pas avant longtemps les économies pourtant initialement présentées comme le fondement de la démarche gouvernementale.

Les universitaires, et singulièrement les géographes, portés sans doute par leur pratique de la carte, s’essayent à la résolution du problème. Ainsi en Normandie, leurs tribunes se succèdent depuis que la réunification est devenue une réalité pour imaginer, dans le respect de la loi et autour d’une ambition séduisante, une tripolarisation des fonctions administratives et politiques, partagées entre Caen, Le Havre et Rouen.

Sans doute fin 2016, lorsque le décret fixant l’organisation de la Normandie sera publié et que le droit figera la carte, constaterons-nous cette répartition, bienvenue pour garantir un avenir équilibré de tous les territoires qui ensemble font Normandie. Restera le quotidien de la gestion administrative et des moyens humains et matériels, peu visible du grand public, vécu par les agents, validé par les élus et enfin ressenti par tous.

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin. » Celui-ci sera long car les obstacles y sont légion pour que la région Normandie soit une réalité de tous les jours et non une illusion. En attendant ne faisons pas aux élus qui l’empruntent de faux procès mais ne demeurons pas non plus trop silencieux face à ceux qui prétendent monopoliser un pouvoir régional dont le partage est la condition première de la réussite.

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