Tribune dans Ouest-France : « Réforme électorale, le rural piégé ».

Ouest-France en date de ce mardi 14 mai publie un point de vue sous ma signature, intitulé « Réforme électorale, le rural piégé ». J’ai voulu  montrer que les multiples modifications des règles ou simplement du calendrier des élections à venir visent pour l’actuel Gouvernement à se mettre à l’abri d’éventuelles défaites au prix d’un sacrifice inacceptable de la représentation des territoires ruraux.

Vous pouvez lire ci-dessous cette tribune :

Hésitants et flous sur l’économie, le Président de la République et son Gouvernement sont d’une détermination sans faille sur le terrain du droit électoral. Leur urgence est de conserver à tout prix un pouvoir que l’impopularité fragilise chaque jour un peu plus. Leur méthode est simple : modifier les règles du jeu. Dès leur première année d’exercice du pouvoir.

D’ici 2017, toutes les élections,  seront concernées dans le mode de scrutin ou le calendrier. D’une manière peu visible, souvent à la marge, pour espérer inverser ou conforter le résultat. Une première sous la Vème République.

Le Parlement est l’objet d’une double attention. A l’Assemblée nationale, il s’agit d’introduire une part de proportionnelle sans changer le nombre total de députés d’où un redécoupage des circonscriptions sur une base démographique. Les territoires ruraux seront dans le viseur. Au Sénat à la majorité plus que fragile, un traitement de choc est prescrit : scrutin de liste à la proportionnelle pour les départements qui élisent trois sénateurs contre quatre aujourd’hui, augmentation du nombre des grands électeurs pour les communes de plus de trente mille habitants, modification de la représentation des Français de l’étranger. Mais ce n’est pas tout.

Les élections locales affectent directement la composition des collèges des grands électeurs sénatoriaux. Les délégués des communes rurales y sont très nombreux : il est donc décidé d’abaisser le seuil du scrutin de liste à la proportionnelle à mille habitants et de diminuer le nombre des conseillers des communes rurales au prétexte de faciliter la constitution des listes.

Les élections cantonales rebaptisées départementales sont aussi bouleversées : des binômes paritaires dans des cantons deux fois moins nombreux et tous redécoupés, au mépris le plus absolu de la représentation des territoires ruraux et sans respecter le principe des limites des circonscriptions législatives. Ces élections sont repoussées en 2015, le temps de manier le ciseau d’une main gauche assurée.

Inchangées, les élections régionales sont retardées d’un an, pour surcharge du calendrier électoral. En fait pour reculer l’échéance et garantir un maximum de voix aux prochaines élections sénatoriales car la quasi-totalité des conseils régionaux est à ce jour détenue par la gauche.

Avec la réforme du cumul des mandats, le pouvoir actuel se mobilise pour tenter de se mettre à l’abri de la défaite : sous-représentation des territoires ruraux au profit des zones urbaines et périurbaines, politisation de l’élection et ainsi avènement de candidats et d’élus affidés aux partis politiques à tous les niveaux des pouvoirs locaux.

Au prétexte de rééquilibrage, c’est en fait un choc de tripatouillage. L’urgence pour un Gouvernement d’un Etat en crises est-elle de tordre les lois pour garder le pouvoir à tout prix ? Et au moment où les fondements de notre République sont si violemment ébranlés, peut-on espérer ainsi restaurer la confiance des citoyens ?

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