prix bx 2015

Retour sur le Prix Bayeux-Calvados 2015…

Retour sur l’édition 2015 du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre avec l’article d’ Alain Mingam, journaliste et photographe qui reflète particulièrement bien ce que fut cette édition dans le difficile contexte national et international que nous connaissons tous et qui nous marque profondément.

«  La guerre et la guérison à Gaza »

 » Plus de 1500 personnes – toutes devenues  un instant Hidya d’un soir, accompagnent par une salve  d’applaudissements Heidi Levine qui monte sur la scène du 22 ème PRIX Bayeux Calvados des Correspondants de guerre. Venue recevoir le Prix Photo Nikon, décerné  par le jury professionnel  elle porte  son émotion-  au bord des larmes. Elle  sera à son comble quand elle revient peu après recevoir son deuxième «  award »  pour le même reportage : le Prix Grand Public parrainé par l’Agence Française de Développement ( AFD ). Les bravos  se mêlent aux applaudissements redoublés pour ovationner une des plus opiniâtres et talentueuses photographes correspondante à Tel-Aviv depuis 25 ans pour l’agence SIPA Press.

Réalisée, coûte que coûte en plein cœur du chaudron israélo-palestinien, chacune de ses images porte la marque d’un engagement quotidien délivré de tout préjugé. Juive par sa naissance, palestinienne de cœur, mais d’une rigueur déontologique incontestée  de part et d’autre, Heidi Levine fait de son œil avisé et sans concession, l’outil des plus indispensables constats sur ce théâtre de guerre ultra-sensible . Aucune surenchère dans la recherche d’empathie.

Le grand public de Bayeux a fait sien le jugement des professionnels devant les  images  de Gaza à leur juste place, dans un èditing remarquable de sobriété. Heidi Levine pratique toujours un cadrage lumineux de simplicité : tel le visage grêlé d’éclats d’obus- de Rawya Abu Jom’a , au regard mouillé de pleurs et de sang mêlés  ,venu du creux de sa douleur , pour diffuser et mémoriser en nous la réalité tragique d’un conflit sans fin .  La jeune photographe débutant chez Associated Press dans les années 80, aujourd’hui totalement aguerrie et plus convaincue que jamais de l’utilité du métier , n’a cessé d’attester  de l’intérieur de chacun de ses clichés de la tragique « réalité iconographique » de la souffrance humaine . En répondant à sa manière toujours pudique à cette permanente question du reporter de guerre : comment représenter l’horreur sans provoquer  l’impatience de ne plus  la voir ? Telles ces images de pères et fils amputés l’un comme l’autre au centre d’une composition d’une totale sobriété, qui n’exprime que plus encore le désespoir résigné et le chagrin qui les tenaillent ,  l’amour qui les sauve .

Comment empêcher que l’esthétique  serve d’alibi  et  de surenchère à la  compassion ? La question fût souvent sous-jacente dans tous les débats du jury et souvent  allègrement débattue autant que la cohabitation nécessaire entre reportage sur le terrain et enquête .Pour donner la primeur, en presse écrite au reportage de Christoph Reuter de   Spiegel : «  Haji Bakr , le cerveau de la terreur »  le Prix du département du Calvados *.

«  Savoir, comprendre, agir » sont les mots clés de la raison d’être  du Prix Bayeux, soulignait Jean-Léonce Dupont, Président du Conseil départemental du Calvados . En écho au propos tenus devant la stèle du Mémorial des reporters, par Riss , survivant  de Charlie qui attestait «  la guerre est venue jusqu’à nous »  .Plus présente que jamais chaque année dans des reportages et sur des terrains de plus en plus difficiles d’accès.  Patrick Gomont, maire de  Bayeux le rappelait : 720 journalistes sont morts depuis 10 ans . Il faut y ajouter les milliers de victimes de tous les conflits qui perdurent  dans le monde, en Syrie, en Irak comme sur les routes assassines des « migrants » vers l’Europe. «  Puissions nous garder au fond de nous la présence  de leur absence » souhaite Jean –Léonce Dupont

Pour défendre  la démocratie, le devoir d’informer, le droit à l’information plus que jamais menacés. Un combat qui n’est pas le monopole de RSF mais  une  chance pour tous. « Merci Bayeux », écrit Jean-Pierre Perrin dans « Libération »* du 12 Septembre. Avec totale raison.  »

Alain Mingam

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