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Enseignement supérieur : quelle stratégie nationale ?

Le Sénat organisait mercredi un débat sur la  stratégie nationale pour l’enseignement supérieur français. Je suis intervenu au nom du groupe UDI-UC pour dénoncer l’écart entre les axes définis par le Gouvernement et parfaitement partageables et la réalité d’une action dramatiquement faible et  largement critiquable.

Retrouvez-ici mes propos et la video de mon intervention.

M le Président, Monsieur le Secrétaire d’Etat, Chers collègues,

Sur quelque banc que nous siégions dans notre Haute Assemblée, nous avons en partage la même conviction : celle que l’avenir de notre pays se joue en grande partie dans notre système d’enseignement supérieur.

Dès lors, que la France se dote d’une stratégie nationale en ce domaine est bienvenu. Tel est l’objet du rapport sur lequel il nous est proposé de débattre cet après-midi. Sur le fondement d’un constat lui-aussi partageable, il nous propose « Pour une société apprenante » 5 axes stratégiques, 3 leviers, 40 propositions.

Je cite vos 5 axes stratégiques :

  • construire une société apprenante et soutenir notre économie
  • développer la dimension européenne et l’internationalisation de notre enseignement supérieur
  • favoriser une réelle accession sociale et agir pour l’inclusion
  • inventer l’éducation supérieure du XXIème siècle ;
  • répondre aux aspirations de la jeunesse.

Et je poursuis sur les 3 leviers que vous entendez actionner :

  • dessiner un nouveau paysage pour l’enseignement supérieur
  • écouter et soutenir les femmes et les hommes qui y travaillent
  • investir pour la société apprenante.

Tout cela est très beau. Qui pourrait s’y opposer…

Mais voyez-vous, pour ma part et pour le groupe UDI-UC, si nous ne sommes pas insensibles à l’esthétique de l’action publique, nous sommes plus encore attachés, par pragmatisme, à sa concrétisation, à sa matérialisation. Vous me direz ce sont les 40 propositions. A voir. Car le traitement que vous semblez déjà leur réserver nous interroge. Et l’inquiétude est au rendez-vous quant à votre capacité à mettre en œuvre une quelconque stratégie nationale…

Si j’avais une seule minute de temps de parole, je résumerais cette inquiétude par la formule du Président de la République dans un courrier adressé le 21 avril dernier au Président de la Conférence des présidents d’université.

Je le cite : « L’augmentation continue des effectifs appellera bientôt des ajustements budgétaires pour y faire face. Je saurai les prescrire le moment venu. »

Combien ? quand ? pour un usage à la discrétion des établissements ou pour des actions déjà fléchées par l’Etat ? Un tel flou à l’heure d’une stratégie nationale, le doute ne peut que s’installer.

Comme j’ai un peu plus d’une minute, je vais développer en examinant successivement la situation des étudiants puis celle des établissements à l’heure de la STRANES.

Les étudiants sont l’objet depuis quelques semaines de toutes vos attentions :

  • Voici des mesures de simplification pour certaines déjà mises en œuvre par de très nombreux établissements.
  • Voila des soutiens financiers pour aider les jeunes diplômés en quête d’emplois au lieu d’ailleurs de soutenir les universités qui sur leur territoire ont mis en place des dispositifs adaptés pour cette insertion professionnelle.

L’heure est en fait aux emplettes électorales, avec achat de paix politico-sociale en tête de la liste des courses.

Mais le vrai enjeu pour l’avenir n’est pas là. Et vous le savez. Il réside dans la qualité des parcours étudiants que nous sommes capables de garantir au plus grand nombre des bacheliers. Cela suppose que l’on assure la réussite en licence, puis en master pour ceux qui s’y engagent, réussite que mesurera la qualité de leur insertion professionnelle. La démocratisation passe obligatoirement par ici.

En la matière, votre réponse à la décision du Conseil d’Etat sur les masters est bien fragile, un décret à paraître et déjà contesté « pour sécuriser la rentrée 2016 » et une concertation de 4 mois pour « préparer l’après ». Par résistance idéologique, vous préparez en fait l’inverse de ce que réclament les étudiants eux-mêmes, décidément plus lucides que vous : une régulation claire dès l’entrée du cycle master. Ils savent, ils sentent, que la valeur du diplôme est intrinsèquement liée à sa –relative- rareté. Ils n’ont pas le sentiment d’être d’arrière-garde mais ils ont le souci de l’utilité professionnelle de leur diplôme.

Quant à la licence, vous venez de rejeter une des propositions de la STRANES, reprise par le récent rapport de l’IGAENR. Il s’agissait de « soumettre les demandes d’inscription en licence des bacheliers professionnels et technologiques à l’avis d’un conseil d’orientation ». En clair il était proposé de vérifier les prérequis, quel vilain souci ma foi ! Voire de limiter ensuite les redoublements. Or si les motifs de l’échec en licence sont multiples, l’un d’eux se trouve, et c’est logique, dans l’inadaptation entre la formation initiale et la filière choisie. Traiter cette difficulté et instaurer, ne redoutons pas le mot, une forme de sélection, ce n’est pas exclure mais intégrer car c’est bien l’échec répété et lancinant en L1 ou en L2 qui est le véritable facteur d’exclusion universitaire ET sociale.

On ne traitera pas le problème comme vous le proposez avec l’obligation de cocher une case sur Admission PostBac affirmant que le lycéen a bien pris connaissance des chiffres de la réussite dans la filière retenue, comme on coche sans les lire les conditions contractuelles sur un site internet. Faire de l’orientation active inscrite dans la loi, un vrai outil d’aide à l’orientation pouvant aller jusqu’à poser un interdit ou imposer des préalables serait en fait la seule démarche réellement démocratique.

Je profite de cette tribune pour vous rappeler que j’attends sur ce sujet et celui du choc démographique, vos réponses à mes questions écrites du 25 juin et du 22 octobre 2015.

Et comment dans ce contexte peut-on affirmer que le déploiement des outils numériques ou les innovations pédagogiques, pour essentiels qu’ils soient, faciliteront à eux seuls la réussite généralisée en licence ! C’est une douce et dangereuse utopie !

J’irais encore plus loin en ajoutant que revaloriser ainsi la licence serait aussi utile pour ceux qui n’y enseignent plus que par nécessité de service et souffrent devant ce public si souvent démuni. Les enseignants-chercheurs en L1 ou L2 se résignent mal à ne plus transmettre le fruit de leurs travaux mais à colmater tant bien que mal les lacunes du plus grand nombre de leurs étudiants. Ce n’est pas leur rôle. Elle est là la réalité de l’université d’aujourd’hui. Le Gouvernement doit ouvrir les yeux.

Venons-en aux établissements et singulièrement aux universités qui accueillent le plus grand nombre des étudiants. Rapporteur de la loi LRU en 2007 puis membre de son comité de suivi, vous comprendrez mon attention toute particulière pour l’état de l’autonomie et sa capacité à mettre en œuvre la STRANES puisque les universités en sont des acteurs essentiels. C’est d’ailleurs une lourde erreur que ces établissements ne soient pas à part entière un levier de votre stratégie. Par leur localisation, ils sont à même de démultiplier les énergies et de donner l’impulsion nécessaire pour le développement économique de tous les territoires.

Je me suis réjoui en 2013 que cette autonomie naissante n’était pas remise en question. Mais ce n’était qu’un leurre. Pas d’approfondissement et une volonté sous-jacente de la corseter. Le parallèle avec la réforme territoriale et celle de l’Etat territorial est saisissant et mériterait à lui seul un débat.

Les moyens ne sont pas au rendez-vous, malgré les promesses (jusqu’à un milliard d’euros de plus évoqués l’automne dernier) et l’annonce récente et floue du Président illustre bien l’incertitude budgétaire, c’est par exemple le cas pour l’ANR ou les CPER dont le volet ESR est bien maigre.

Quant au modèle d’allocations et de répartition des moyens, vous ne créez aucune dynamique positive et vertueuse au sein des établissements puisque le critère de la performance (autre vilain mot n’est-ce pas puisqu’il induit une forme de concurrence) semble aujourd’hui écarté.

La loi LRU offrait des outils innovants aux universités pour élargir leurs sources de financements et doper leur attractivité, je pense par exemple aux fondations, aux chaires d’excellence. Il semble que vos services tétanisent littéralement les universités dans leurs initiatives. Quel dommage.

Les moyens des universités passent aussi par leur patrimoine immobilier. L’état de l’immobilier universitaire n’est pas bon, un récent rapport parlementaire allait jusqu’à le qualifier d’inquiétant. La dévolution inscrite elle aussi dans la loi marque le pas alors qu’elle constitue bel et bien un outil utile.

Enfin parce que le Sénat se préoccupe toujours des territoires, nous ne saurions négliger les COMUE qui depuis 2013 ont pris le relais des PRES. Ces COMUE existent, elles délivrent des doctorats, candidatent aux appels à projets PIA, essaient de se montrer. Mais là aussi on ne voit pas quelles mesures l’Etat entend prendre pour garantir à notre système d’enseignement universitaire une visibilité internationale qui lui fait défaut. Elle était attendue de ces regroupements mais ils ne sont bien souvent perçus que comme une couche supplémentaire du millefeuille universitaire.

On pourrait multiplier les exemples mais pour conclure, si la STRANES ressemble à une belle promesse, la réalité de votre « boite à outils » est d’une grande faiblesse.

Depuis 2012, dans une triste et inquiétante répétition, ce Gouvernement rêve à crédit notre pays, ici ses universités et ses étudiants. Ce n’est pas cela un Etat stratège.

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