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Solidarité territoriale : mon message aux maires du Calvados

La traditionnelle assemblée générale de l’Union amicale des maires du Calvados se tenait ce lundi à Falaise et fut pour moi l’occasion de présenter à tous les élus présents, à l’heure de la loi NOTRe et de la construction de la Normandie, notre politique départementale en matière d’aide aux territoires, illustrant ainsi notre coeur de métier : la solidarité.

Retrouvez ici l’essentiel de mon intervention.

Vous savez tous, combien j’apprécie ce moment d’échanges, de dialogue, de discussion, entre nous, où nous évoquons la vie et le quotidien de nos collectivités. Un moment forcément dédié aux vraies questions qui occupent nos esprits et qui appellent aussi de vraies réponses, tant nous sommes tous, aujourd’hui, confrontés à un environnement particulier, à des mutations profondes, qui engagent la vie de nos structures, pour les années qui viennent.

Il y a tout juste un an, nous recevions le Président LARCHER et je dois dire que nous nous interrogions, avec lui, sur le devenir de notre architecture territoriale, à la lumière de la loi Notre, et notamment des conséquences de ce big-bang territorial annoncé sur nos collectivités en fusion, au sens propre comme au figuré !

Nous nous interrogions sur le sens de cette réforme qui pouvait apparaître, pour certains, comme inachevée, pour d’autres incomplète, voire parfois jugée imparfaite, sans véritable service après-vente.

La question que nous nous posions tous, était bien celle de savoir comment évoluerait la Région, les Départements Normands, les Intercoms, les Communes Nouvelles (ou pas), dans cette modernité imposée des temps que nous vivons, où tout ce qui est le plus grand, le plus gros, le toujours plus, semblent encore être la vérité absolue, aux yeux de certains.

Vous l’avez compris depuis longtemps, je suis à contre-courant de tout cela et vous m’avez souvent entendu dire que ce n’est pas parce qu’on est justement le plus gros, qu’on est forcément le plus fort. Je pense même le contraire : la vraie modernité réside bien dans la capacité de pouvoir librement se mouvoir, d’être agile au changement, d’être en capacité d’engager des projets rapidement, au regard justement de contextes changeants.

Je suis intimement persuadé que les organisations qui demain gagneront le plus, parce que plus souples, plus créatives, seront celles qui auront su engager des démarches de nouveautés, en transversalité et surtout en proximité avec leurs premiers partenaires.

La vraie question était bien celle de savoir comment nous allions, tous ensemble, nous adapter à cette figure imposée par les textes, en tentant d’en corriger les erreurs ou les errements les plus flagrants.

Pour moi, la seule réponse possible est de maintenir et approfondir un vrai dialogue entre nous, c’est cela, à mon sens, la vraie modernité.

Et je pense que, depuis un an, vous attendiez du Département qu’il soit au rendez-vous de vos attentes, de vos questionnements, non pas seulement pour vous rassurer ou vous assurer de sa fidélité, par notamment le maintien de sa politique d’aide aux territoires (que je viens de partager avec vous, il y a quelques instants), mais peut-être aussi pour engager un nouvel élan, une nouvelle dynamique, au regard de cette donne inédite.

Eh bien, comme vous avez pu le constater, nous avons effectivement travaillé, nous ne sommes pas restés passifs, les bras ballants devant autant d’imperfections, d’incohérences, voire de silences de la loi, dans les premiers moments de son entrée en vigueur.

Nous avons beaucoup consulté, analysé, diagnostiqué, pour proposer de vraies réformes, de réelles nouveautés ou parfois de simples aménagements à nos politiques départementales, mais toujours dans la recherche de l’efficacité optimale.

Je le disais, pas simplement au regard des figures imposées, mais plutôt à la lumière de ce que nous souhaitions, nous le Département, être pour vous, dans les années qui viennent.

Un département disponible, à l’écoute, créatif et surtout réactif, mais aussi facilitateur, parfois acteur, en subsidiarité, mais toujours équitable, prenant une posture partenariale, en conservant un esprit de vigilance, parce que protecteur des intérêts publics et des services au public, à l’image de ce que nous avons imaginé, avec notre politique des Points Infos 14, chère à Henri GIRARD, que vous accueillez dans vos communes ou intercoms et je vous en remercie.

Je crois que cette méthode est la bonne. Nous avons, avec un travail considérable mené par nos services, remis en cause ce qui était dans le champ des habitudes et c’était, je crois, le bon moment pour le faire.

Après le temps de la nécessaire concertation, est venu très vite, celui de la décision, et aujourd’hui de l’explication. C’est ce moment que nous vivons actuellement, depuis quelques semaines, à l’occasion de nos rencontres.

C’était en septembre à Bénouville, c’est aussi à l’occasion des réunions dans vos cantons auxquelles vous m’invitez et j’ai également, en ouverture de cette rencontre, tenté, une nouvelle fois, d’expliciter nos décisions, en matière de nos aides aux territoires. Peut-être reste-t-il encore des interrogations, des questionnements ou des propositions à faire valoir.

Sachez que nous y répondrons, dans le temps et la sérénité, toujours à l’écoute, avec pour méthode, la pédagogie nécessaire.

J’aurai devant vous, ce matin, cinq sujets :

– Le premier et, je l’ai largement traité, avec la présentation qui vous a été faite : il s’agit de cette nouvelle politique en faveur des territoires. J’espère avoir été assez explicite. Si tel n’a pas été le cas, n’hésitez pas à revenir vers moi, mes collègues ou nos services.

– Les autres sujets touchent à ce que j’appelle, l’ingénierie territoriale, les aides à l’immobilier d’entreprise, les contrats d’action culturelle ou en cinquième  point, ce que j’appelle notre maîtrise d’ouvrage départementale : aménagement, routes, ports, réseaux divers : notamment l’eau et le Très Haut Débit.

Il s’agit des cinq piliers, des cinq axes prioritaires de notre action départementale pour relever les trois défis majeurs qui nous sont confiés :

  • En premier lieu, la solidarité territoriale, c’est-à-dire la défense des équilibres entre les territoires pour réduire ce que d’aucun appelle la fracture territoriale.
  • En second lieu, la solidarité sociale avec l’ensemble des compétences et missions qui nous sont dévolues… C’est notre cœur de métier. Permettez-moi, sur ce point, un petit aparté, pour rappeler que les Départements sont essentiels pour que vivent les politiques de proximité.

Nous ne demandons pas l’aumône, mais une plus juste compensation de la part de l’Etat, pour faire face aux besoins de la solidarité nationale, dans un réel climat de confiance ;  je ne suis pas le seul à penser qu’il serait rapidement souhaitable que s’engage un réel travail pour que les Départements de France retrouvent une véritable autonomie financière et qu’une réponse, dans le temps, c’est-à-dire durable, émerge enfin, sur cette question de société, du financement des politiques de solidarité. Je ferme cette parenthèse.

  • Enfin, notre rôle d’aménageur public, là où nous avons un rôle de maîtrise d’ouvrage : ce sont les routes, les réseaux à l’image du Très Haut Débit, l’eau ou encore la protection des paysage.

Voilà, selon quelle construction, selon quels axes et avec quels « leviers très concrets », le Département entend demain, poursuivre son action.

  • Un Département, je le disais, dans un triple rôle : d’aménageur/acteur.
  • Un Département qui met ses compétences au service des territoires par l’ingénierie territoriale, mais qui peut aussi agir en subsidiarité, et je pense notamment aux aides à l’immobilier d’entreprises… C’est une proposition, une fois de plus, très pragmatique, faite aux intercommunalités.
  • Enfin, un Département financeur avec encore plus d’efficience, grâce à cette réforme des aides aux territoires et sa mise en œuvre, dès janvier prochain… Mais, nous souhaitons également prendre une part importante dans la valorisation du patrimoine de nos communes, dans l’animation culturelle, en vous proposant des contrats d’action culturelle, et pourquoi pas demain aller encore plus loin en proposant de façon analogue, des contrats d’objectifs touristiques et une mise en réseau des Offices de Tourismes Intercommunaux.

Cette nouvelle vision va nous faire rapidement passer d’une Administration de gestion à une collectivité de pilotage, beaucoup plus agile, par un travail et une méthode empiriques que nous construisons actuellement, en revisitant l’ordonnancement de nos grandes directions.

Mais, nous nous appuierons aussi et bien entendu sur les binômes constitués par les élus départementaux qui connaissent bien leur canton, agissent en connaissance et surtout en proximité.

Ils pourront ainsi « en mode réseau », déployer les politiques départementales ; et pourquoi pas être appuyés, demain, par « les collaborateurs des Pays » que le Département se propose, pour certains d’entre eux, de reprendre au sein de ses équipes ; des visages que vous connaissez bien et qui peuvent constituer une force complémentaire d’expérience.

Nous savons nous adapter, nous mouvoir, nous rénover en profondeur, au gré de ces contextes et, s’il fallait  trouver une vertu à la loi NOTRe, c’est bien celle de nous avoir donné l’occasion de réfléchir, puis d’agir, en ayant, je l’espère aujourd’hui, un temps d’avance, sur la prochaine loi… Qui, je ne me fais aucune illusion, finira, tôt ou tard, par arriver !

Mais, il nous revient peut-être également un rôle nouveau, je vous propose d’y réfléchir ensemble,  puisque nous vivons certainement une période assez inédite de reconfiguration des territoires et que les départements se retrouvent très impactés par les transferts de blocs de compétences, qui d’ailleurs, me font parfois penser au jeu vidéo des années 90 que vous avez certainement connu : TETRIS.

Mais quel est donc ce rôle nouveau ? Vous avez  sans doute certainement entendu parler du SRADDET, le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement  Durable et d’Egalité du Territoire.

Dans le cadre de ce nouveau schéma, le Département, premier avocat des communes et des intercoms, va devoir défendre le Calvados et être force de propositions face à un certain tropisme pour l’axe Seine, les priorités haut-normandes, les grands projets routiers annoncés ou encore la LNPN.

J’ai toujours considéré la grande Région Normandie comme une formidable opportunité, un atout pour demain, mais qui peut très vite constituer un vrai danger pour les territoires, peut-être les moins en vue, se situant aux pôles de la grande Région. Et, il faut que, tous ensembles, nous prêtions attention aux enjeux d’un effet, trop grand, de métropolisation de la Normandie… Les tentations sont parfois grandes !

Vous savez, j’ai toujours défendu la place de CAEN en tant que capitale régionale dans cette idée de juste équilibre des territoires. Le Département a toujours, en effet, accompagné, par ses financements, le développement des grandes fonctions métropolitaines de l’agglomération caennaise (équipements de recherche, équipements culturels, de transport, grandes écoles… La liste est longue).

Je ne reviendrai pas, dans le détail, non plus, sur la défense de nos intérêts dans le cadre des crédits du CPER.

Oui, nous avons une belle mission, parce qu’en charge des solidarités territoriales, il revient au Département de créer, pas simplement des routes, mais aussi des ponts et des passerelles, le plus souvent possible et du mieux que nous pouvons, entre l’urbain et le rural, entre nos bassins de vie, toujours en proximité, pour lutter contre la fracture territoriale, mais aussi d’être en appui au réseau des villes moyennes.

Oui, le Département accompagne tous les projets et quelle que soit la zone géographique… Et, c’est une idée fausse de penser que nous accompagnons plus le rural que l’urbain. Le Département est présent à tous les tours de table pour tout ce qui structure, renforce l’attractivité et la compétitivité de nos territoires.

Là, Honfleur et le Pays d’Auge, avec le Village des Marques qui sort, aujourd’hui, de terre, au pied du pont de Normandie. Là, à Caen, avec l’accompagnement des centres de recherches (Ganil, Spiral II), des outils culturels ou grands projets de transport… Là, à Falaise, lorsqu’il s’agit d’une noble ambition avec le Mémorial des Victimes Civiles. Ou encore, dans le Bessin, à Bayeux, avec le projet de Centre de Compréhension de l’Europe du Moyen-Age et la filière Normandie Médiévale.

Oui, le Département est disponible pour tout cela, pour faire valoir ses valeurs et la défense de vos intérêts.

Oui, le Département est bien conscient du bouleversement du bloc local, c’est pourquoi, il propose comme principe d’action, la subsidiarité, notamment pour les aides à l’immobilier d’entreprise, je le disais. C’est pourquoi, le Département propose un nouvel élan en revisitant l’ensemble de ses politiques. C’est pourquoi, il vous propose d’être la voix des territoires.

Voilà,  ce que je vous propose, de confier au Département du Calvados, ce rôle « d’assemblier », de façon à jouer ensemble, collectif, dans l’intérêt de tous.

Vous ne vous êtes peut-être pas rendu compte d’une chose ; avec le pont de Normandie, le Calvados est le seul département normand à avoir un contact physique avec tous les autres départements. On savait que pour la Région et son Président, le Calvados était le coeur politique de la Normandie, mais le Calvados est aussi, par cette centralité géographique, le cœur battant de la Normandie.

Pour  conclure, je vous propose, trois mots, trois idées force :

J’ai toujours considéré, ces dernières années, que le sursaut de la France viendrait justement de la France des territoires, du local, c’est pourquoi j’ai souhaité que le Département, dès 2017, soit au rendez-vous de ces évolutions indispensables pour donner à chacun une chance.

Nous serons fidèles à notre vocation de toujours et à la hauteur des espérances et des missions que le pays nous a confiées (c’est ce que j’appelle faire jaillir l’intelligence des territoires).

La seconde idée, c’est celle de la nécessité, à tous les niveaux, d’encore plus de solidarité, de cohésion, entre nous. Et, c’est bien ce qu’il nous faut continuer de bâtir ensemble, cette relation de travail quasi intime, qui doit nous réunir, dans ce futur des collectivités, que nous avons ensemble, à construire, au sein du bloc communal, intercommunal, départemental. Nos destins sont liés. Et, si nous réussissons dans cette mission, nous pourrons alors apporter, à l’autre bloc, que constituent la Région, l’Etat et l’Europe, les plus-values nécessaires à la croissance et au bon fonctionnement de notre république des territoires.

Et enfin, la dernière idée : et, c’est la méthode que je vous proposerais aujourd’hui, dans ce rôle « d’assemblier », de pivot, d’interlocuteur privilégié qui fait la force et la grande modernité du Département, de nous revoir rapidement, de reparler de tous les sujets qui vous préoccupent.

D’aller, une nouvelle fois, à votre rencontre, dans cette idée de dialogue permanent, de rapprochement, d’écoute, de confiance, selon une méthode très empirique et, excusez-moi peut être l’expression, pratico-pratique, d’envisager, au cas par cas, en toute connaissance de cause, comment le Département peut être pour vous, une force de proposition, un facilitateur, un partenaire encore plus efficace, selon des habitudes de travail, à continuer de bâtir et de nourrir ensemble.

Notre ambition est bien de construire une relation nouvelle avec vos territoires, dans cette fidélité que nous avons toujours, tous ensemble, partagée.

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