Parlons primaires….

On me pose souvent la question de mon choix pour ce scrutin ouvert des 20 et 27 novembre.

Les candidats et candidate aux primaires dites de la droite et du centre sont connus. Ce n’est pas une surprise de n’y trouver aucun représentant de la famille centriste à laquelle j’appartiens. Selon la formule consacrée « les conditions n’étaient pas réunies ». Je suis membre du Nouveau Centre, composante de l’UDI et je siège dans leurs instances exécutives et au sein du groupe UDI UC du Sénat. Un certain nombre de mes collègues parlementaires ont déjà fait part de leur engagement pour tel ou tel candidat du parti Les Républicains, d’autres comme moi ne se sont pas encore exprimés et j’ignore si tous le feront. Localement, dans le département du Calvados comme ailleurs, des élus centristes font connaître leur préférence, individuellement ou par petits groupes. Dans ce contexte particulier, la liberté personnelle me semble en effet nécessaire pour ne pas dire la seule possibilité même si elle affaiblit les formations centristes.

J’observe notre vie partisane en cet été finissant et je vois à droite comme à gauche les affrontements – heureusement seulement verbaux au regard de leur violence ! – qui accompagnent la préparation de cette échéance et il reste encore un peu plus de deux mois. Triste spectacle.

On se souvient des circonstances menant à l’organisation de primaires à gauche en 2007 : le 21 avril 2002 et l’absence du candidat de cette famille politique au second tour en raison d’un éparpillement des voix au premier tour entre plusieurs de ses candidats. La gauche alors dans l’opposition voulait se donner toutes les chances de succès par le rassemblement au premier tour. La droite à son tour dans l’opposition a souhaité adopter ce système pour désigner son « champion » pour 2017. Cette procédure tendrait presque à s’institutionnaliser au point que les dépenses engagées par le candidat vainqueur ainsi que l’origine des ressources mobilisées doivent figurer à son compte de campagne.

Je me demande si ce moment d’un choix ouvert des candidats à la candidature pour la future élection présidentielle est une procédure heureuse et souhaitable. Elle n’est pas ce « grand moment de vie démocratique » tant vanté par certains et elle risque bien de très vite provoquer le ras-le-bol de nos concitoyens. Elle oppose dans des luttes fratricides des ambitions individuelles, à grands coups de promesses et de surenchères pour « faire le buzz » médiatique et « gagner des parts de marché ». Elle ne peut empêcher des aventures solitaires qui peuvent s’avérer dangereuses en recréant l’éparpillement des votes. Et je ne sais pas réellement comment, après tant de tensions exacerbées, celui qui l’emportera pourra fédérer positivement les énergies déçues et fatiguées. En outre ce mécanisme ajoute en réalité deux tours aux deux tours de l’élection présidentielle. La vie publique, politique et médiatique est monopolisée pendant une (trop) longue période par cette étape au risque de lasser l’électeur durablement. Le premier tour de l’élection présidentielle est lui-même partiellement confisqué par cette étape partisane. Ne faudrait-il pas réfléchir pour la prochaine échéance à un durcissement des conditions de candidature au premier tour de l’élection présidentielle pour lui redonner son sens initial ?

Et j’avoue aussi que lorsque j’entends les « calculs » de certains autour de l’idée que tel ou tel candidat serait plus ou moins dangereux pour la droite ou la gauche face à tel ou tel de l’autre camp et qu’il serait donc intéressant de jouer sur les résultats de l’adversaire en participant à « l’autre primaire », je redoute les manipulations croisées dans ce scrutin « libre d’accès ».

Il n’en reste pas moins que 2017 se jouera au terme d’élections primaires de la droite et du centre.

J’irai voter aux deux tours et dès lors que ces primaires existent, j’incite chaque électeur de ma famille politique à faire de même. Je ne veux pas regretter de les avoir ignorées parce que je critique cette modalité. Après tout elles désigneront celui qui aura de grandes chances de devenir le prochain Président de notre République à condition naturellement qu’il puisse franchir le cap critique du premier tour et rassembler ensuite suffisamment face au possible voire probable adversaire FN que prédisent de manière constante les sondages.

A ce moment de la campagne des primaires, j’observe, je lis, j’écoute, je m’attache aux projets et aux propositions et tente de faire la part entre sincérité et posture, réalisme et improbable, utile et futile, démagogie et honnêteté, sur tous les sujets régaliens, économiques, sociaux, européens, internationaux…..et territoriaux quand ils sont – plus rarement – évoqués. Je suis aussi spécialement attentif aux propositions sur l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche.

Et je ne parviens pas encore à me décider. Les représentants et les soutiens des principaux candidats me pressent de me déclarer, tentent pour certains de peser avec toutes sortes d’arguments. Mais aujourd’hui, je ne me reconnais pas en un candidat ou une candidate en particulier. Pas assez. Pas complètement. Et parce que mon nom et mes fonctions apparaitront dans une liste de soutien dès lors que j’aurai fait connaître mon choix et que peut-être cela aura un peu (je dis bien un peu) d’influence sur quelques uns autour de moi, je me donne encore le temps. Par honnêteté intellectuelle.

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