Nice….

Bouleversé, sidéré, j’ai été, comme tous et je pense avec les mêmes sentiments, le spectateur attentif de l’actualité sinistre de cette fin de semaine : les faits, les images diffusées et « mises en scène » jusqu’à la nausée sur les chaines d’information en continu, les commentaires politiques de tous bords, lourds de surenchères, à dix mois d’échéances électorales majeures qui se préparent déjà au sein des partis.

L’enquête ne fait que commencer et chacun doit mesurer qu’il serait bien hasardeux de tirer des conclusions et des enseignements des premières informations rendues publiques.

Comme exécutif local en charge de la population d’une collectivité -aujourd’hui le département du Calvados, hier Bayeux-, j’ai observé la situation, transposant sur nos territoires un événement comparable car il peut survenir n’importe où demain.

Comme parlementaire appelé dans quelques jours à me prononcer sur l’état d’urgence et sa nouvelle prorogation, je me suis interrogé et m’interroge encore.

Il y a ce que je sais.

Je sais que notre démocratie représentative est très durement mise à l’épreuve de manière répétée et donc fragilisée au moment où la confiance du peuple en ses élus quels qu’ils soient est faible pour ne pas dire parfois quasi-nulle.

Je sais que l’objectif final de ceux qui nous attaquent, directement ou indirectement, est de semer la terreur dans la population et de détruire un mode de vie et une forme de société « à l’occidentale ».

Je sais qu’il y aura donc de nouvelles attaques.

Je sais sans le moindre doute que la mobilisation des forces de l’ordre et de sécurité est absolue et je crois que leur action a permis d’éviter certains actes meurtriers.

Je sais que nos lois contiennent un arsenal large et plutôt complet de moyens d’action à la disposition de la police et de la justice et je sais sans avoir le moindre doute non plus, que l’inscription dans la Constitution de l’état d’urgence ou de la déchéance de nationalité n’aurait rien empêché.

Je sais que l’action des autorités doit être renforcée sur le renseignement y compris territorial et pour le contrôle d’accès aux sites internet et réseaux sociaux vecteurs de l’islamiste radical. Mais je sais aussi la difficulté technique et juridique à agir sur des outils qui se jouent des frontières nationales.

Je sais que la mise en œuvre de l’état d’urgence au soir du 13 novembre 2015 a permis une action rapide sur des cibles identifiées que les procédures du droit normal ralentissaient voire empêchaient tout comme je sais que son efficacité s’est estompée dans la durée.

Je sais que l’état de droit, dans le cadre duquel s’inscrit l’état d’urgence, est aussi une condition de la préservation de notre démocratie et de nos libertés.

Je sais que le terrorisme sera un enjeu majeur des scrutins à venir, au même titre que l’emploi ou l’éducation.

Mais et je n’ai pas de gêne à le dire, il y a aussi ce que je ne sais pas.

Je ne sais pas s’il est possible de prévenir certains actes qui comme à Nice émanent d’individus jusqu’alors anonymes ou qui, comme à Magnanville émanent d’individus certes signalés mais qui ne peuvent être surveillés en permanence. Donner toujours plus de moyens n’est pas forcément une garantie.

Je ne sais pas comment nous pouvons protéger les foules rassemblées pour des événements festifs ou lorsqu’elles se déplacent.

Je ne sais pas si proroger l’état d’urgence aura une vraie efficacité : les analyses montrent que les effets produits et réels au cours des premiers mois s’amenuisent considérablement.

Je ne sais pas si proroger l’état d’urgence n’est pas un moyen « facile » de rassurer la population qui sans doute ne sera pas dupe.

Mais pour autant, je ne sais pas si refuser cette prorogation peut être compris et si un élu peut en prendre le risque.

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