Ne jetons pas Parcoursup avec l’eau d’APB !!!

Je lis ici ou là moultes critiques sur l’an I de Parcoursup, dispositif remplaçant le très contesté et contestable portail APB (admission post bac) et devant permettre, au terme d’un processus d’orientation constructive, à chaque néobachelier de poursuivre sa formation dans une filière d’enseignement supérieur ou devant accompagner la réorientation de néoétudiants pour garantir à tous les meilleures chances de réussite.

Parcoursup serait donc injuste, opaque et discriminant, selon les qualificatifs utilisés dans une tribune récente. Ces termes sont au demeurant contradictoires : comment un dispositif opaque pourrait-il être jugé injuste et discriminant puisque l’opacité rend le fonctionnement invisible ! Procès d’intentions à l’évidence. A ce stade, ces critiques me semblent largement excessives et surtout beaucoup trop précoces. Il est certes utile, voire même constructif, que des alertes soient envoyées sur des dysfonctionnements constatés de l’application mais la juger avant même que son cycle soit achevé me paraît symbolique de notre époque et, peut-être de notre pays, où la condamnation d’office, définitive, immédiate et surtout médiatique devient la règle.

Quelques observations peuvent être faites ou quelques questions posées à ce stade de la procédure :

  • Des chiffres impressionnants à avoir en tête :
    • Plus de 810 000 inscrits (futurs bacheliers ou étudiants en réorientation)
    • 13000 formations disponibles
    • 6,3 millions de vœux émis.
  • Pouvait-on rationnellement imaginer que par magie, chaque élève aurait « sa » place dès le mois de mai ? Avec APB combien d’élèves avaient une réponse début juin ? Combien se retrouvaient fin juillet face aux portes closes des universités et des rectorats et devaient attendre fin août ou début septembre pour voir leur dossier pris en charge ? Je note que les élèves obtiennent des réponses avec une fluidité que ne garantissait pas APB et que surtout, sans attendre l’été, des commissions académiques examinent déjà les situations individuelles complexes. Net progrès me semble-t-il.
  • Oui les élèves et leurs familles doivent comprendre que face aux vœux pluriels et multiples émis – termes si j’ai bien compris, non synonymes puisque les vœux pluriels désignent des formations différentes et qu’un vœu multiple concerne la même formation dans des établissements différents -, il faut donner un peu de temps au temps. Il n’est pas anormal que les élèves prennent quelques jours pour répondre, la décision venant alors libérer les autres réponses positives qu’il avait pu obtenir.
  • Quant aux élèves qui se retrouvent sans proposition parce qu’ils avaient fait le choix de ne postuler que sur des filières sélectives et qu’aucune n’a répondu favorablement, une vraie question se pose. Les élèves ne doivent-ils pas pour éviter de se retrouver dans une telle impasse, être « obligés » d’émettre au moins un vœu « jouable » dans une filière qui leur plairait naturellement et en concertation avec leurs professeurs de terminale ? Une sorte de joker ou de filet de sécurité.
  • Les réponses faites par les établissements aux vœux des élèves conduisent sans doute certains à se diriger vers une formation qui parmi tous leurs vœux n’avaient pas forcément leur préférence ou vers une localisation géographique compliquée. C’est la contrepartie du choix fait par les initiateurs de Parcoursup de ne pas demander une hiérarchisation des vœux et on peut peut-être ici s’interroger sur son bien-fondé.
  • On sait par des témoignages que des universitaires ou des établissements universitaires, par choix idéologique, n’ont pas lu les lettres de motivation fournies (souvent il est vrai lettres-types trouvées sur internet, comme c’est malheureusement fréquent dans ces situations) et/ou n’ont pas voulu classer les vœux. Certains responsables de formation ont aussi souhaité « remplir » leurs amphis sans regarder le profil de leurs futurs étudiants et par simple logique comptable (garantir le niveau des dotations sur la base du nombre d’inscrits). La conséquence est connue : abandon au bout de quelques semaines ou mois, échec toujours trop nombreux. Il sera dès lors facile d’en imputer la responsabilité à Parcoursup. Or le dispositif a été conçu pour assurer à chaque élève que son dossier aura été examiné avant que la réponse lui soit donnée. Il doit aussi – et c’était bien sa mission première – éclairer le choix des élèves. Ceux-ci savent bien qu’ils n’ont pas les mêmes chances de réussite dans n’importe quelle formation et nous savons aussi que tous les moyens supplémentaires du monde donnés aux établissements n’y changeront rien. Je ne veux pas dire ici pour autant que l’augmentation démographique ne doit pas être accompagnée, ce qui se fait d’ailleurs.
  • Et enfin qu’en est-il dans les lycées dont les enseignants, supposés bien connaître leurs élèves pour être à leur contact quasi quotidien et individualisé, pourraient être bien placés pour les accompagner ? Ils semblent bien absents. On sait que l’intention fin 2017 de nommer un second professeur principal en terminale pour remplir cette mission s’est heurtée à des volontaires trop peu nombreux. On doit ici aussi se poser quelques questions avant de pointer du doigt par principe Parcoursup.

D’autres questions viendront sans doute à l’heure du bilan dans quelques mois. En attendant soyons attentifs, lucides sur le fonctionnement de l’outil et ne jetons pas Parcoursup avec l’eau d’APB !

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