De la ruralité ne faisons pas table rase !

Je signe cette semaine dans la Gazette des communes (numéro du 3 juin) une tribune que vous pouvez également lire ici :

La loi de réforme des élections locales est promulguée. Elle modifie en profondeur le cadre des élections cantonales, rebaptisées départementales et celui des élections municipales dans les petites communes avec des conséquences sur la composition du collège des grands électeurs. Par ces changements substantiels, la représentation des territoires ruraux est affaiblie au profit exclusif des villes : taille des cantons, politisation des scrutins communaux, moindre nombre d’élus, poids relatif dans le choix des sénateurs…

Le fait urbain et la métropolisation sont des réalités et il est vrai que le découpage actuel des cantons ne traduit pas les mutations démographiques. Mais la division par deux de leur nombre est une froide exécution commise sur des espaces déjà fragilisés par l’abandon manifeste du rural par l’Etat (services publics de santé, de sécurité, d’éducation, ATESAT, ADS…). Et la répartition de la population dans le Département, l’aménagement de son territoire ou le nombre de communes par canton ne pourront pas être pris en compte dans le redécoupage au moment où la scénographie de l’Acte III de la décentralisation relègue les solidarités territoriales au fin fond du décor.

Etre une réserve de biodiversité ne saurait résumer le destin d’un monde rural souvent à la limite du décrochage mais qui constitue pourtant, en équilibre du fait urbain, un espace de projet en matière de développement économique durable, avec une vitalité et une attractivité facilitées notamment par le déploiement du très haut débit. Dédié depuis 1982 aux politiques de solidarité, le Département a ici une mission majeure de cohésion et le sacrifier ne serait pas source d’économies.

Représenter, c’est faire participer, être médiateur, donner à la population le sentiment d’être prise en compte, intégrée. Alors, dans ce tissu communal à la trame quasi-immuable, voir le canton où l’on vit rayé de la carte, confondu dans un espace même voisin, c’est ressentir une exclusion de plus, une forme de négation de soi et d’abandon au seul profit d’un espace urbain où l’élu cantonal est peu identifié et où des compétences du conseil général sont parfois exercées par l’intercommunalité.

Prenons garde ! Nos campagnes voient déjà nombre d’électeurs exprimer leur malaise profond dans des votes extrêmes et protestataires. Elles ne doivent pas être demain les nouveaux territoires perdus de la République.

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