De la recomposition de la vie politique (1)

2017 restera à l’évidence une année particulière, déjà marquée par l’élection d’un président de la République, venu de la gauche mais non issu d’un des « grands partis » eux-mêmes absents du second tour, son choix immédiat et transgressif d’un premier ministre, venu lui de la droite et se revendiquant comme tel et la nomination d’un Gouvernement où les routes politiques de ses membres sont à tout le moins diverses. On attend avec curiosité le résultat des prochaines élections législatives pour mesurer le premier effet de cette offensive qui se veut une recomposition de la vie politique.

On s’intéressera ici à la situation spécifique des partis politiques. Aussi démonétisés que les hommes politiques dans l’esprit de nombre de nos concitoyens, ils maillent le territoire et structurent la vie politique, lui fournissant des candidats aux élections nationales autant que locales et des militants menant campagne quand il le faut. Les élus issus de leurs rangs sont autant de marqueurs de leur influence. Certains partis ont pris racine au plus loin de notre histoire républicaine et la traversent avec plus ou moins de force. D’autres sont plus jeunes. Au Parlement, quand ils y sont représentés en nombre suffisant, ils constituent des groupes, essentiels à l’organisation du travail de chaque chambre et à l’expression plurielle dans la fabrique de la loi.

En ce jour précis, c’est peu dire que les partis politiques sont interrogés pour ne pas dire secoués par l’irruption d’une nouvelle force dans le paysage. Pour deux raisons majeures.

La première est la nature de la Vème République : un régime parlementaire. Or même fortement présidentialisé, un régime parlementaire suppose que le Gouvernement ait le soutien d’une majorité à l’Assemblée nationale, faute de quoi le vote d’une motion de censure oblige le Premier ministre à remettre au Président de la République la démission de son gouvernement. D’où l’importance de l’élection législative.

La seconde raison tient au nerf de la guerre : l’argent. On ne le dit pas assez en ce moment mais la loi sur le financement des partis politiques prévoit que la part la plus importante du financement public versé chaque année pendant la législature (5 ans) à un parti repose sur le nombre des voix (et non d’élus, la différence est essentielle) obtenues par les candidats déclarés en Préfecture sous son étiquette au premier tour de l’élection législative dans l’ensemble des circonscriptions du pays (et pas seulement donc là où les candidats sont élus). On comprend mieux alors l’attention attachée aux investitures.

Les 577 élections législatives à venir dessineront donc à la fois la future Assemblée nationale et le paysage partisan des prochaines années.

Que faut-il souhaiter ? A l’évidence le succès de la politique nationale qui sera conduite. Au regard de l’état de notre pays, dire le contraire serait une faute grave.

Mais s’agissant de l’organisation de notre vie politique, on peut s’interroger. La fragmentation des partis qui structuraient jusqu’alors le paysage, l’irruption simultanée d’une force nouvelle à l’ADN encore mal décryptée paraîtraient plutôt des phénomènes intellectuellement excitants s’il n’y avait en embuscade un autre parti, qui sans doute se délecte d’un spectacle qui pourrait le faire encore un peu plus prospérer. Il s’agit bien sûr du Front national. Encore présent au second tour de l’élection présidentielle, il rassemble aujourd’hui des millions de voix qu’on ne peut ignorer.

Une question se pose alors : faut-il dans les années à venir opposer au FN une seule formation politique qui peut tout autant réussir qu’échouer ou doit-on le combattre avec une pluralité d’organisations, chacune avec son identité ? Quelle stratégie sera la plus efficiente ? On peut souhaiter que des formations politiques convergent et créent une « grande coalition » sur le modèle allemand ou au moins se retrouvent sur des « majorités d’idées ». On peut dans le même temps craindre qu’un rassemblement très formel ne dilue la représentation et aboutisse à un débat émollient d’où n’émergeraient en réalité que les deux extrêmes de notre vie politique auxquels on ne saurait laisser sans risque le monopole de l’alternative.

Telle est ici une question majeure car beaucoup d’observateurs le disent : 2022 peut être l’année du basculement irréversible vers une aventure tragique pour notre pays.

L’organisation partisane des prochaines années est donc interrogée. Clairement en mode échec à l’élection présidentielle, elle va à nouveau être mise à l’épreuve lors des élections législatives. Et seuls les résultats de ces dernières pourront servir de socle réel à la recomposition que notre nouveau Président appelle de ses vœux, dans des conditions à définir et qu’il faudra soigneusement peser à l’aune de leurs effets possibles pour ne pas dire probables.

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