Au défi d’une rentrée pas tout à fait comme les autres…

Elle vient après un été à jamais marqué par les deux actes terroristes dramatiques de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray. S’y ajoute ces dernières semaines « la polémique du burkini » à laquelle le Conseil d’Etat vient de répondre en droit, sans vraie surprise, non pas sur le port en lui-même de ce vêtement ou sur ce qu’il représente mais bien conformément à sa jurisprudence constante (depuis 1933) uniquement sur les pouvoirs de police des maires pour prévenir d’éventuels troubles à l’ordre public et leur conciliation avec le respect des libertés fondamentales. Ce n’est donc en rien une décision de circonstance et les juristes le savent bien. Elle ne clôt pas le débat politique mais l’interdiction par une loi qui serait quant à elle de pure circonstance n’est sans doute pas une réponse satisfaisante et le discussion parlementaire ne ferait qu’exciter les polémiques sur ce que le port de ce vêtement sur nos plages exprime et révèle. La République, forte du principe de laïcité inscrite dans les principes de sa Constitution, doit trouver un autre chemin.

Notre pays est depuis près de deux ans confronté à une menace terroriste d’autant plus inquiétante qu’elle peut se matérialiser n’importe où, n’importe quand, contre n’importe qui. Il serait déplacé de garantir à nos concitoyens que l’état d’urgence dans lequel nous vivons depuis novembre et dont j’ai personnellement voté chaque prolongation nous protège parfaitement et nul ne le croirait d’ailleurs. Toutefois, il donne à l’Etat et à ses services des moyens d’investigation d’autant plus utiles que la menace est protéiforme, investigations redisons-le sous le contrôle du juge : c’est notre Etat de droit qui le garantit et c’est essentiel. Et le Parlement a désormais aussi les moyens d’un contrôle politique des mesures prises.

Mais la réalité est là : personne n’est à l’abri du risque et pour longtemps.

C’est dans ce cadre que se fait dans quelques jours la rentrée scolaire et universitaire 2016. Tous nos établissements, les élèves et étudiants, les personnels, les familles qui y accompagnent les plus jeunes scolarisés, sont autant de cibles potentielles, « molles » selon le terme consacré pour dire leur degré d’exposition. Certains aménagements matériels faits en urgence comme la sensibilisation et la formation des personnes réduiront le risque mais ne le supprimeront pas.

C’est aussi le début d’une année très –trop- politique jusqu’en juin 2017 : « primaires » dans plusieurs familles politiques, devenues un quasi premier tour d’une élection présidentielle programmée en avril mai prochain et qui sera immédiatement suivie de l’élection législative en juin. Une année en campagne électorale permanente. Déjà lancée, elle révèle ses propres dangers : surenchères de promesses et de programmes qui cachent mal les querelles et ambitions personnelles des candidats, violences verbales aux limites de l’hystérisation du débat public, coups bas, mais aussi lassitude et écoeurement déjà ressentis chez beaucoup d’électeurs avec le risque final d’une abstention massive et/ou d’un vote extrême.

Le tableau ainsi dépeint apparaît aussi sombre que « l’outre-noir » des toiles de Pierre Soulages. Mais je le pense malheureusement réaliste. Il serait plus complet en n’occultant pas car c’est tout aussi essentiel, une économie qui peine à redémarrer, des entreprises qui demeurent étranglées, un chômage qui ne se résorbe pas et génère trop souvent une précarité extrême des familles, des collectivités territoriales fragilisées….ce dans un contexte international inquiétant.

Dans notre pays ainsi interrogé, il nous faut avancer ensemble et conserver l’énergie et l’espérance pour agir en respectant la voie républicaine. Rassembler plutôt que diviser : c’est tout le défi de cette rentrée particulière. Le Sénat d’une part et les élus locaux d’autre part peuvent en être des acteurs utiles.

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